Comment convaincre les copropriétaires de se lancer dans des travaux de rénovation énergétique ?

Dans les cas ou des difficultés sont rencontrées par des copropriétés privées en vue de rénover énergétiquement des immeubles, quels sont les bons leviers à actionner ? Comment inciter les copropriétaires à entreprendre de tels travaux ? L’Agence parisienne du climat aidée de chercheurs en sociologie tentent de répondre à ces questions et nous donnent des éléments pour mieux comprendre comment les inciter à procéder à des travaux de rénovation.

Ainsi, Claude Arnaud, président de l’institut de R&D Efficacity, se pose les questions suivantes : « comment faire bouger les copropriétés ? Il existe des verrous psychologiques, juridiques, contractuels qui sont à lever« . On rencontre en effet des difficultés pour procéder à des travaux de rénovation énergétique quand dans les immeubles les situations personnelles sont multiples et très variables les unes des autres, qu’il s’agisse de propriétaires bailleurs très distants, de familles qui accèdent pour la première fois à la propriété ou de retraités en recherche de maintien à domicile. Pour étudier ces comportements et mieux les comprendre, l’Agence Parisienne du Climat a participé à deux études. La première d’entre elles se prénomme « Vilote » et a été financée par l’Ademe. Elle s’intéresse à la vision à long terme de la gestion/ utilisation du bâtiment vers un bâtiment responsable. L’étude a fait un tour d’horizon des motivations, des freins et des leviers à actionner pour lancer des chantiers de rénovation énergétique. Ainsi, les motivations sont plus marquées pour l’habitat individuel (« amélioration du confort des occupants« ) et pour le logement social (« maîtrise des charges« ) que pour les copropriétés ou les motivations se heurtent aux innombrables difficultés se présentant. Selon Emilie Blosseville, membre du cabinet Senzo, « il existe des combinaisons de facteurs très favorables, dont un conseil syndical qui doit servir de moteur, un accompagnement par des experts des Espaces Info Energie, une mobilisation sans faille à toutes les étapes et un véritable plan de communication« . Elle ajoute que « il y a les adeptes et les opposants. Il faut convaincre, argumenter, avant le vote final« . Mais il s’agit également de mieux valoriser les bénéfices d’une rénovation énergétique. La seconde étude, menée conjointement par Efficacity et l’APC, s’est quant à elle concentrée sur les aspects plus économiques et statistiques pour essayer de mieux comprendre. Leur analyse s’est fondée sur 630 audits énergétiques réalisés entre 2008 et 2013 à Paris et en petite couronne. Il estiment que « d’un côté, le locataire n’a pas d’incitation à réaliser des investissements en efficacité énergétique dans le logement puisqu’il n’a pas de garantie d’occuper ce dernier suffisamment longtemps pour pouvoir bénéficier de son investissement. » L’autre difficulté, ce sont les coûts cachés, dans la phase de recherche d’informations en amont ou lors du chantier.

Enfin, les temps de retour sur investissement potentiellement longs, soit environ 28 ans en moyenne, et seulement 6% des projets proposent des temps inférieurs à 10 ans. Il y a plusieurs pistes que suggèrent les experts pour réduire ce temps, comme d’intégrer les aides financières (-30%) et prendre en compte le surcoût énergétique. Il faut aussi valoriser les « co-bénéfices » liés à la rénovation d’une copropriété : la valeur verte du patrimoine (environ +5%), les impacts positifs sur la santé avec une meilleure ventilation, la sécurité des nouveaux équipements et le maintien d’emplois locaux. Il convient de rappeler que la ville de Paris comporte 47 000 copropriétés et que celles-ci doivent être rénovées d’ici 2050, ce qui représente un gigantesque chantier en perspective.