La rénovation énergétique est-elle une solution au chômage ?

Bernard Aulagne, président de l’association Coénove, donne ses pistes pour soutenir le développement de la rénovation énergétique en France, avec à la clé de nombreux emplois notamment au niveau local. Ainsi, des dizaines et même des centaines de milliers d’emplois pourraient être annoncés dès lors que la rénovation énergétique du bâtiment sera engagée. Toutefois, ça n’est pour l’heure pas encore le cas et cela nécessitera sans doute d’agir tant sur l’offre que sur la demande et réunir des conditions qui manquent encore aujourd’hui pour que cela devienne une réalité.

Des annonces avaient déjà été faites, notamment celle du Grenelle de l’Environnement qui nous avait promis 600 000 emplois verts entre 2009 et 2020. Delphine Batho, ancienne ministre de l’écologie, avait annoncé 100 000 emplois en trois ans en insistant sur le fait que « la politique de la transition énergétique est l’un de nos rares leviers de relance ». Selon Olivier Siedler, créateur du bureau d’études Enertech, parvenir à rénover 500 000 logements par an, soit l’objectif affiché par le gouvernement, permettrait de créer 200 000 emplois dans le BTP d’ici 8 ans. D’après l’Observatoire de l’emploi et de l’investissement, les travaux de rénovation énergétique dans le bâtiment auraient permis de contribuer à faire progresser l’emploi de 9% en 2014. Cependant, il y a plusieurs obstacles qu’il s’agit de contourner, notamment ceux de l’offre et la demande. En effet, il existe bien un problème d’offre dans la mesure où chaque rénovation s’applique à un cas particulier, nécessitant une approche au cas par cas et rend donc délicat « une véritable industrialisation de l’offre permettant une baisse des coûts et une meilleure visibilité pour le client ». De plus, il existe aussi un problème de demande. Il apparaît que celle-ci est fortement impactée par le coût moyen d’une rénovation (10 000€ en moyenne et 25 000€ pour une rénovation plus lourde) ainsi que sur l’incertitude concernant la réalité des économies et le temps de retour. Selon Olivier Siedler, « il faut rendre la rénovation thermique obligatoire dans les logements, comme elle va l’être dans les bâtiments tertiaires ». A titre d’exemple, l’Allemagne qui a déjà suivi cette voie, parvient à rénover environ 300 000 logements par an.

Entre incitation et coercition ou obligation, il semblerait donc qu’il y ait trois conditions minimales si l’on veut atteindre l’objectif de 380 000 rénovations par an pour les particuliers. Ces trois conditions sont les suivantes : augmenter la visibilité et la pérennité des aides et notamment mener des campagnes de sensibilisation auprès des ménages ; garantir l’effectivité et la réalité des économies d’énergie pourquoi pas en proposant une garantie de performance énergétique sur 30 ans comme a pu le faire l’énergéticien hollandais « EnergySprong » ; enfin la prise en compte des critères d’esthétique et de confort paraît importante en vue de motiver les particuliers à procéder à de tels investissements. Ainsi, si la rénovation énergétique lourde se base sur des travaux « industrialisés », elle conserve une forte intensité et un fort potentiel en emplois, en particulier locaux.